...Tom...
Je tourne en rond dans ma chambre depuis qu'elle est partie. Je ne suis pas descendu pour déjeuner. Les autres m'ont appelé, mais rien n'y fait...
Ils m'ont proposé une session de playstation, une sortie dans notre magasin d'instruments préféré. J'ai tout refusé. Aucun n'a compris. Est-ce pourtant difficile à comprendre ? Cette fille m'intrigue. Elle connaît tout de moi, j'ignore tout d'elle. Elle est déjà tout pour moi, je ne suis rien pour elle. Etais-je son fantasme, un pari ? J'ai tellement besoin d'elle. Mais je n'ai pas son numéro, ni son adresse. Rien pour la trouver. Je répète constamment son prénom, prostré sur un fauteuil. Héléna, Héléna, Héléna. Je vais devenir fou, bordel !
Une voix me tire de ma rêverie, ou plutôt de mon cauchemar éveillé.
<< Tom, je peux savoir ce qu'il se passe ?
- Hmm ? Rien. Absolument rien.
- Dois-je te rappeler que nous sommes jumeaux ? Quand tu vas mal, je vais mal. Or, tu n'as pas bougé de ta chambre depuis ce matin, c'est donc signe que quelque chose ne va pas.
Il s'assied en face de moi, visiblement déterminé. Il ne partira pas tant que je ne lui aurait pas parlé. Mais il va se
foutre de moi ! Tant pis, je ne peux pas le lui cacher...
- Bill.. Je.. je suis amoureux.
Il a exactement la réaction que j'attendais. Il sourit. C'est sûr, il se retient de rire.
- Toi, amoureux ? Tu dis ça a chaque fois que tu rencontres une fille !
- Cette fois c'est différent. Je suis sérieux.
Mon double prend soudain un air grave.
- C'est la fille que j'ai vu ce matin ?
J'acquiesce d'un mouvement de la tête.
- C'est vrai qu'elle est plutôt mignonne..
- Bill !
- Ne t'énerves pas, je plaisante. Si elle te plaît tant que ça, pourquoi tu ne la rappelle pas ?
- Je ne peux pas.
En disant ces mots, je baisse la tête. Mon frère ne me croit pas.
- Et pourquoi ?
- Je n'ai pas son numéro pardi !
- T'es con quand tu t'y mets... Elle n'est pas venue toute seule a l'hôtel. Pour ça, il fallait que quelqu'un lui donne l'adresse. Ce quelqu'un a donc son numéro.
Mais oui c'est évident ! Braunie ! Il faut que je l'appelle. Tout de sute.
- Merci frérot ! Qu'est ce que je ferais sans toi ?
Je claque une bise sur sa joue. Il lève les yeux au ciel.
- Rien...
Mon portable. Où est mon portable ? Scheisse !
- Je file appeler Braunie ! Je te tiens au courant !
Je sors de la pièce en courant. En bas, j'emprunte le portable de Gustav, le coupant en pleine discussion.
- Désolé, il vous rappellera plus tard !
Je compose le numéro de Braunie, sous les yeux ébahis de mon ami.
- Allo Braunie ? C'est Tom. J'ai besoin de ton aide, encore une fois.
- Je t'écoute.
- Tu as gardé le numéro de la fille, hier ?
- Oui, peut-être, dans mon pantalon. Ne quittes pas, je vais chercher.
J'attends quelques secondes seulement, mais elles me semblent interminables.
- Tom ? Je l'ai trouvé. Tu as de quoi noter ? 06-**-**-**-**
- C'est bon. Merci vieux, tu me sauves la vie !
J'exagère à peine en disant cela.. Je redonne son portable a Gustav, un sourire jusqu'au oreilles.
- Je te revaudrais ça mon pote, t'inquiètes pas.
Gustav n'a toujours rien compris a la scène. Je remonte dans ma chambre en sautillant. Chaque personne que je croise a droit à un grand sourire.
Je m'enferme. La douce euphorie qui me tenait à fait place au doute. Et si elle ne voulait pas me revoir ?
Je tiens mon portable d'une main, le papier avec le numéro de l'autre. Finalement je le compose sur mon clavier.
Ça sonne. Elle décroche.
- Allo ?
- Héléna ?
- Oui ?
- C'est.. c'est Tom à l'appareil.
- Oh... Salut Tom.
A son timbre de voix, j'ai l'impression de la déranger.
- Je te dérange ?
- Non, pas du tout. Je suis juste un peu surprise...
- Désolé. Je me demandais si..
- Si ?
Sa voix me fait perdre tous mes moyens. Heureusement, je ne l'ai pas en face de moi.
- Je me demandais si on pouvait se voir, cet après-midi. Ailleurs que dans une chambre d'hôtel, si possible...
Pas de réponse.
- Héléna ?
- Oui, je suis là. Je.. je ne sais pas si c'est très raisonnable.
- Pourquoi ?
- Rien, laisse tomber. Je serais au parc national, tu me rejoindras ? Près du petit lac. Tu me trouveras facilement.
- Très bien. Vers 15, ça te va ?
- Oui pas de problème. Je t'attendrais. A tout à l'heure alors, Tom. >>
J'adore sa façon de prononcer mon nom. << Je t'attendrais >> . Ainsi, elle veut bien me revoir. Je sens une certaine chaleur s'emparer de mon corps.
15h. Autrement dit, dans 4h. 240 minutes. Donc 14 400 secondes.
Héléna, tu me manques.